L'Étoile jaune de l'inspecteur Sadorski

L'Étoile jaune de l'inspecteur Sadorski

by Romain SLOCOMBE

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Overview

Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés ̶ d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél d'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.

" Sobriété avant tout : Simenon n'est pas loin. Mais, ici, le crime est de masse. " Frédéric Pagès, Le Canard enchaîné.
" Un énorme pavé dans le bourbier de la collaboration. Romain Slocombe nous bouscule et réveille notre vigilance. " Valérie Caffier, librairie Le Divan, Paris.

Product Details

ISBN-13: 9782221190586
Publisher: Groupe Robert Laffont
Publication date: 08/24/2017
Sold by: EDITIS - EBKS
Format: NOOK Book
Pages: 466
File size: 3 MB

About the Author

Monsieur le Commandant (prix Nice-Baie des Anges, prix Jean d'Heurs, Trophée 813, sélection du prix Goncourt), Première station avant l'abattoir (prix Mystère de la critique, prix Arsène Lupin) et L'Affaire Léon Sadorski, qui a reçu le prix Libr'à Nous et a également figuré sur la liste du Goncourt.

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CHAPTER 1

Le Dupont-Latin

LA JEUNE FEMME EST MONTÉE à la station La Motte-Picquet. Elle a couru le long du quai, houspillée par un contrôleur: « Dernière voiture, mademoiselle! ... » L'obligation faite aux israélites de n'occuper que les secondes classes et uniquement en queue de rame n'est pas affichée dans les stations de métro. Il ne s'agit du reste que de la mise en œuvre longtemps retardée d'une instruction du 8 novembre 1940 concernant « les Nègres et les Juifs ». Les employés ne l'appliquaient pas, incapables de reconnaître avec certitude les seconds. Désormais la chose est facile et les deux catégories raciales soumises ensemble à la règle. Assis sur un strapontin à côté de la porte, l'IPA Léon Sadorski, chef de brigade de voie publique à la 3 section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux, lève son regard du quotidien déplié devant lui et fixe la voyageuse à l'étoile jaune.

Il est sorti de chez lui à l'aube déguisé en employé du gaz. Bleu de travail, sacoche de cuir usée. Le seul accessoire qui ne change pas, ce sont les épais godillots de flic. Aujourd'hui Léon Sadorski vient, de ses mains, de tuer un homme. Le faux ouvrier sourit sur son siège tout en observant la passagère. Ce qu'il a accompli une heure plus tôt, au quatrième étage de cet immeuble tranquille proche de l'avenue de Versailles, est un simple acte de justice. Car la justice, après vingt ans, ou à peu près, de titularisation dans la police nationale, dont deux sous occupation boche, il veut y croire encore. Aujourd'hui lundi 8 juin 1942 autant que les autres jours.

Cette fille hors d'haleine d'avoir couru, il est persuadé de l'avoir vue quelque part. Allure d'étudiante, jolis cheveux châtains. Le policier cherche dans ses souvenirs, fronçant ses épais sourcils noirs sous le front large et la tignasse blanchie prématurément. La jeune femme reste debout, appuyée au dossier d'un fauteuil. De taille moyenne, elle doit compter quelques centimètres de plus que lui, courtaud et trapu. Son insigne juif est cousu côté cœur, de façon réglementaire certes, mais coiffé d'un petit bouquet bleu-blanc-rouge planté dans la poche de poitrine. Rien que pour ce genre d'incartade, cette manifestation discrète mais stupide de gaullisme « patriotique », Sadorski serait en droit de l'interpeller, puis, après vérification d'identité assortie d'une engueulade maison, de la faire descendre au prochain arrêt pour la consigner au commissariat du quartier, voire au Dépôt de la préfecture. De là on la signalerait aux Allemands. Résultat: elle poursuivrait ses études dans quelque prison ou lieu d'internement administratif – où les détenus organisent paraît-il des classes et des conférences –, avant d'aller visiter les camps de travail à l'Est pour y rejoindre ses frères de race. Une Juive de moins à partager le pain des vrais Français comme Sadorski, à jouir des bienfaits de l'instruction publique libre et gratuite, à soutenir insolemment, dans ce pays qui n'est pas le sien, les terroristes, les assassins, les poseurs de bombes! Si l'on veut voir les youpins maîtres de la France, le capitalisme triomphant, la franc-maçonnerie toute-puissante, les Français aux ordres de l'Angleterre perfide, le retour des partis, la division, la guerre civile, bref, la patrie esclave, alors oui, soutenez votre général félon, mademoiselle! Toujours assis, l'inspecteur fulmine, jette à l'étudiante des regards méchants. Leurs yeux se croisent, et il se souvient.

Léon Sadorski est un physionomiste. Le caïd du « Rayon juif » de la 3 section des RG peut oublier un nom, un prénom, jamais un visage. Et celui-ci, aperçu naguère penché sur un recueil de poèmes, c'était, à deux pas de la préfecture, au début du mois d'avril, place Dauphine. Jupe écossaise, chandail et chemisier blanc, qui mettait en valeur une poitrine plutôt aguicheuse, sous les arbres dont les branches bourgeonnaient à peine, agitées par une légère brise. Sadorski traversait la place avec le jeune inspecteur Lavigne du groupe de voie publique Mercereau. Les deux hommes allaient casser la croûte à l'Henri IV, sur le Pont-Neuf. Il a fait halte brusquement.

— C'est quoi cet ouvrage, mademoiselle?

Le visage surpris s'est levé vers lui. Curieusement, Sadorski ne s'est pas rendu compte ce jour-là qu'elle était juive. Pourtant, dans 98 pour 100 des cas, il les repère au premier coup d'œil!

— Des poèmes de Paul Valéry.

— Faites attention.

— Pourquoi?

Il s'entend encore ricaner.

— Vous n'avez pas de parapluie, mademoiselle! Le temps change vite, les giboulées pourraient saucer ce joli chemisier ...

Il lui a foutu la paix ensuite, est parti avec Lavigne retrouver au bistrot l'inspecteur Bauger, les collègues de la 1 section et des Brigades spéciales. Aujourd'hui, sur la ligne 10, la liseuse de poésie porte une jupe grise et sage qui descend très au-dessous des genoux, et une veste bien coupée légèrement cintrée, aux élégants boutons nacrés, tout cela trahissant sa gosse de riches. Ça n'étonnerait pas Sadorski qu'elle réside dans le 7 arrondissement, là où elle est montée, quelque part autour de l'avenue de La Motte-Picquet. Dans un de ces immeubles chics et cossus datant des grands travaux du baron Haussmann et portant la signature de son architecte gravée dans la pierre. Le faux gazier replie son exemplaire du Petit Parisien, allume une gauloise en dépit de l'interdiction de fumer à l'intérieur des voitures, interdiction affichée également en boche. Il constate que les yeux bleus de la Juive sont embués. Elle se mord les lèvres en essayant de contrôler les tremblements de sa mâchoire. Ma parole, on ne va quand même pas se mettre à chialer pour une simple étoile à six branches cousue sur sa veste!

Sadorski supporte difficilement les femmes qui pleurent. Dans son bureau, pièce 516 à la caserne de la Cité, au deuxième étage de l'aile nord, c'est trop souvent qu'elles fondent en larmes sous les insultes proférées par lui-même ou par ses adjoints, les tapes derrière le crâne, le tampon buvard balancé à la figure, les coups de baguette de cornouiller sur les chevilles. Rien de très méchant, pourtant! si l'on compare avec les méthodes des Brigades spéciales de la préfecture, des truands de la rue Lauriston, de la Gestapo de la rue des Saussaies et de l'avenue Foch, ou de la police aux Questions juives ...

La jeune femme tient sa tête bien droite en dépit de l'émotion, des yeux rouges et des paupières gonflées. Elle lui a rendu son regard fièrement. L'inspecteur, gêné, détaille les autres passagers de la dernière voiture, n'y remarque pas d'étoile de David en dépit de l'obligation nouvelle faite aux « décorés ». Le préfet de la Seine, soucieux d'éviter les protestations des bonnes âmes, a précisé qu'aucune affiche ne serait apposée dans le métro ni aucun communiqué délivré au public. Du coup, les voyageurs juifs ne sont probablement pas tous avertis. Mais de toute façon – il secoue les épaules – on se déplace ici sous les beaux quartiers, pas dans l'est de Paris où pullulent les becs-crochus! Entre son domicile et le Quartier latin, l'étudiante paraît seule de sa race. C'était plutôt la veille, dimanche et premier jour du port de l'insigne, que ses congénères ont envahi la ville. C'était hier que les étoiles s'allumaient ... à la stupéfaction des Parisiens authentiques, constatant à quel point l'on est enjuivé!

Cette floraison jaune, qui s'était principalement manifestée dès le matin sur les marchés des arrondissements périphériques et au Temple ou à Saint-Paul, pas loin de chez lui, a dans l'après-midi gagné avec effronterie les grands boulevards. Sadorski, avec sa femme à son bras, s'effarait du nombre ahurissant d'étoilés – certains avec le culot d'arborer en sus leurs médailles de 14-18 ou de 39-40 – se baladant par familles entières, discutant dans les cafés, se mêlant aux files d'attente des théâtres et des cinémas, ou simplement prenant le métro. Cela dépassait tout ce que l'on peut imaginer! Il s'est du reste amusé à les compter: en moins de dix minutes, Yvette et lui ont croisé sur le même trottoir 256 étoiles! Et une partie seulement des descendants d'Abraham avaient mis le nez dehors. Il ne faudrait pas oublier qu'en 1939 nous hébergions plus de 300 000 youdis en région parisienne, dont la moitié environ d'étrangers. Nos concitoyens ont la mémoire courte!

Heureusement, une trentaine de jeunes gens déterminés, avec à leur tête deux membres de la Légion des volontaires français, ont sauvé l'honneur. Ils ont arpenté l'avenue des Champs-Élysées en conspuant les Juifs, obligé ceux qui consommaient aux terrasses, notamment du café TamTam, à se réfugier à l'intérieur. Des coups ont été échangés, la police municipale, qui avait déjà formé un barrage rue de Tilsitt, est intervenue à nouveau sur l'avenue de Wagram pour disperser, avec une certaine indulgence, les honnêtes patriotes. Ceux-ci se sont reformés place des Ternes et ont repris leur progression rue du Faubourg-Saint-Honoré. Un autre groupe s'était dirigé vers la place de la Concorde, via le boulevard de la Madeleine et la rue Royale, en huant les youdis. Dans un café du boulevard des Capucines ils ont invité les garçons à ne pas servir les clients juifs. À la terrasse de la brasserie Weber ils ont giflé un Juif « décoré » et pris à partie le maître d'hôtel et un garçon. Sadorski se représente la scène, relatée hier par Bauger venu dîner avec son épouse, sourit à cette évocation réjouissante en tirant des bouffées de tabac.

La rame s'arrête à la station Duroc. Des gens descendent, d'autres montent. Les fines robes imprimées apportent comme des rayons de soleil à l'intérieur des voitures. L'étudiante n'a pas bougé. Une dame lui adresse un sourire de sympathie au passage. Geste crétin qui n'aboutit qu'à faire rouler de nouvelles larmes sur les joues pâles. Sadorski secoue la tête, balance son mégot, l'écrase sous la pointe d'un de ses souliers cloutés.

Le métro s'ébranle et repart dans les tunnels. La station Croix-Rouge est fermée depuis la drôle de guerre, ses quais éteints, abandonnés. Le train la traverse sans ralentir. Des affiches publicitaires vieilles de trois ans défilent sous le regard de l'inspecteur, les lumières des fenêtres se reflètent sur leurs images défraîchies. On continue à crever de chaud; l'orage hier en soirée n'a apporté aucune amélioration. Relents aigres de sueur mêlés au parfum des femmes, odeurs de brillantine et puanteur âcre qui s'infiltre par les fenêtres aux vitres baissées. Personne n'ouvre la bouche. Regards figés, hébétés presque, postures rigides de mannequins, faces blêmes sous l'éclairage électrique déficient en raison du courant parti chez les Boches. Renonçant à exiger les papiers de la contrevenante, lui passer un savon mérité rapport à l'insolent petit bouquet tricolore, Sadorski se lève et se prépare à descendre à la station Odéon.

Il n'y a pas foule au Quartier latin ce lundi en fin de matinée. Cela est peut-être dû à la situation politique, aux attentats, à la double présence policière française et allemande destinée à réprimer les réactions à l'insigne juif. Hier déjà, selon Bauger, la police a opéré des arrestations. Gare d'Austerlitz, cinq israélites dépourvus d'étoile ont été serrés dès le matin alors qu'ils se préparaient à prendre le train vers la zone Sud. Près de l'Opéra, un camelot youdi porteur d'un insigne non apparent a été bousculé par des passants et conduit au poste de police. Place de la République, d'autres individus ont été appréhendés pour défaut d'insigne. Rue de Strasbourg, un homme a requis un gardien de la paix pour procéder à l'arrestation de son ex-épouse, roumaine dépourvue à la fois de pièce d'identité et d'étoile! Un jeune garçon domicilié dans le 12 arrondissement a été interpellé portant un papillon avec inscrit: On nez comme on està côté de son insigne jaune. Et ainsi de suite ... Mais, dans l'ensemble, le calme règne à Paris où le public s'est montré plutôt indifférent aux nouvelles mesures.

L'inspecteur débarque en avance à son rendez-vous au bistrot, malgré trois quarts d'heure passés chez Gibert à choisir le cadeau pour la lycéenne. Sadorski commande une fine à l'eau qu'il déguste à petites gorgées, fumant des cigarettes dans la vaste salle rouge et argent du café Dupont, à l'angle de la rue des Écoles et du Boul'Mich. Avec son bleu de travail, l'employé détonne parmi les étudiants et les zazous qui consomment des bières-grenadine en échangeant des commentaires à voix haute, entrecoupés de rires perçants. Des amoureux roucoulent dans les coins de banquette. Il observe avec dégoût cette jeunesse « swing ». Les garçons aux cheveux coiffés ridiculement haut sur le devant, en veston à deux fentes qui descend jusqu'à mi-cuisses, et pantalon étroit et court dont les revers ne font pas moins de huit centimètres – certains de ces sous-Tarzan frisottés vont jusqu'à les rouler pour mieux attirer l'attention sur leurs chaussettes de couleur vive, leurs souliers en daim à semelle épaisse. Les filles portent la jupe courte et plissée, la veste longue, un petit sac en bandoulière. D'autres, une majorité en fait dans cet établissement de sorbonneux, ont des tenues plus décentes quoique légères en raison du temps quasi estival. La plupart des jeunes bas-bleus sont encore vierges. Se concentrer sur de telles supputations excite le policier, il imagine ses étreintes brutales avec les plus attirantes d'entre elles, leurs visages déformés selon les cas par la jouissance ou par la terreur. Poursuivant ses réflexions – il a pris place à côté d'un groupe bruyant de swing –, Sadorski fait chuter exprès son étui à cigarettes, se penche sous la table pour le récupérer. Avant de se redresser, il prend le temps d'observer des genoux ronds, des cuisses charnues, s'efforce de distinguer le blanc de la culotte dans l'ombre d'une jupe, sous la combinaison. Il bande tout en chaussant ses lunettes cerclées de fer pour lire son journal.

Une fille pousse sa voisine du coude, lui désigne l'homme d'un mouvement du menton. Toutes deux le dévisagent d'un air hostile, certainement à cause de son Petit Parisien, journal peu apprécié dans le quartier – la une bien visible de l'édition de samedi (celle de 5 heures n'étant pas encore dans les kiosques) porte triomphalement en manchette: À PARTIR DE DEMAIN LES JUIFS DEVRONT PORTER L'ÉTOILE JAUNE. Une paire d'idiotes qui sympathisent avec la dissidence, comme c'est le cas pour une frange importante du milieu estudiantin, déplore-t-il. L'employé du gaz se sent rougir sous le mépris de ces mijaurées trop sûres d'elles, aux seins qui pointent sous la robe de coton ou sous la blouse. Sa haine des swing augmente. Sadorski se retient de demander à voir leurs papiers d'identité, de fouiller les sacs à main – il ferait peut-être une affaire, drogue ou pastis en poudre, par exemple. Mettre au chaud deux putains gaullistes au commissariat du Panthéon lui plairait s'il n'avait pas rendez-vous. Dans les journaux et dans les réunions publiques, les politicards se lamentent que tant d'anglophiles continuent de « croire au mirage ». Pourtant, il existe un remède facile: on rassemble quelques solides équipes de jeunes, PPF, MSR ou autres, ayant véritablement confiance en eux-mêmes et dans la politique du Maréchal; quelques camions, quelques triques si nécessaire; on fait une petite descente sur les Champs-Élysées et dans les bars des environs, entre 5 heures du soir et 2 heures du matin, après avoir pris un décret de réquisition afin que la légalité soit respectée. On embarque tous les zazous. Direction: la pelle, la pioche, la fourche, le râteau. Et au travail! Il y a des routes à faire, des moissons qui se préparent puis des vendanges, et des bras qui manquent, avec les ouvriers français partis en Bochie pour la relève et nos millions de prisonniers encore au stalag! Tout cela peut donc s'arranger. Une telle mesure serait profitable, Paris et quelques grandes villes respireraient mieux. La terre, les chantiers s'animeraient dès l'arrivée de ces gais lurons ... (Il s'esclaffe, attirant à nouveau sur lui des coups d'œil désapprobateurs.) Eux-mêmes y trouveraient leur compte en santé, et pourraient un jour rentrer fièrement dans les phalanges de la vraie jeunesse.

Poussant un grognement, il écrase sa gauloise dans le cendrier et retourne à son journal.

(Continues…)



Excerpted from "L'etoile Jaune De L'inspecteur Sadorski"
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