C'est le coeur qui lâche en dernier

C'est le coeur qui lâche en dernier

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Overview

Le nouveau chef-d'oeuvre de Margaret Atwood, l'auteure de La Servante écarlate.
Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture... Aussi, lorsqu'ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n'ont plus rien à perdre.
À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d'oeuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison... où ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s'installe chez eux avant d'être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n'y est pas : " Je suis affamée de toi. "
Avec C'est le coeur qui lâche en dernier, Margaret Atwood nous livre un roman aussi hilarant qu'inquiétant, une implacable satire de nos vices et travers qui nous enferment dans de viles obsessions quand le monde entier est en passe de disparaître.

Product Details

ISBN-13: 9782221203538
Publisher: Groupe Robert Laffont
Publication date: 08/17/2017
Sold by: EDITIS - EBKS
Format: NOOK Book
Pages: 312
File size: 2 MB

About the Author

Margaret Atwood, née à Ottawa en 1939, est l'auteure d'une quarantaine de livres – fiction, poésie et essais critiques. Traduite dans plus de cinquante langues, elle est l'une des plus grandes romancières de notre temps. Sont notamment parus chez Robert Laffont Le Tueur aveugle (" Pavillons ", 2002), La Servante écarlate (" Pavillons Poche ", 2017), un classique qui ne cesse d'être redécouvert et aujourd'hui une série TV unanimement saluée, ainsi que Captive (" Pavillons ", 2017), également porté au petit écran.

Hometown:

Toronto, Ontario

Date of Birth:

November 18, 1939

Place of Birth:

Ottawa, Ontario

Education:

B.A., University of Toronto, 1961; M.A. Radcliffe, 1962; Ph.D., Harvard University, 1967

Read an Excerpt

CHAPTER 1

OÙ?

SERRÉS

Dans la Honda, ils sont serrés pour dormir. Déjà que c'était pas un palace à la base, vu qu'ils l'ont achetée d'occasion ... Si c'était un van, ils auraient davantage de place, mais tu parles qu'ils auraient pu s'en payer un, même à l'époque où ils pensaient avoir de l'argent. Stan dit qu'ils ont déjà de la veine d'avoir cette caisse, ce qui est vrai, n'empêche, ce n'est pas pour ça qu'ils sont un tant soit peu plus à l'aise.

Charmaine estime que Stan devrait dormir à l'arrière parce qu'il a besoin de plus de place – ce ne serait que justice, il est plus grand –, or il doit être devant pour lever le camp rapidement en cas d'urgence. Il ne fait pas confiance aux réactions de Charmaine dans ces circonstances: d'après lui, elle serait trop occupée à hurler pour conduire. Charmaine peut donc profiter de l'espace plus spacieux derrière, même si elle aussi est obligée de se recroqueviller comme un escargot, parce qu'elle ne peut pas vraiment étendre les jambes.

En général, ils gardent les vitres fermées à cause des moustiques, des gangs et des vandales isolés. Ceux-là, normalement, ils n'ont ni armes à feu ni armes blanches – s'ils ont ce genre de gadgets, vous avez intérêt à dégager en quatrième vitesse –, mais il y a des chances qu'ils soient complètement cinglés, or un cinglé muni d'une barre de fer, d'un caillou ou même d'une chaussure à talon pointu peut causer de sérieux dégâts. S'ils vous prennent pour un démon, un mort vivant ou une pute vampire, vous pouvez faire les pieds au mur pour les ramener à la raison, ils n'en démordront pas. Le mieux avec les cinglés, disait toujours mémé Win – le seul truc, en réalité –, c'est de ne pas se trouver sur leur chemin.

Avec les fenêtres quasiment fermées, à part un petit rien en haut, l'air est étouffant et saturé de leurs odeurs corporelles. Ils n'ont pas beaucoup d'endroits où se doucher ou laver leurs vêtements, et ça rend Stan irritable. Ça rend Charmaine irritable aussi, mais elle fait de son mieux pour refouler ce sentiment et s'attacher au bon côté des choses, parce qu'à quoi bon se plaindre?

À quoi bon quoi que ce soit? se ditelle souvent. Et à quoi bon penser à quoi bon? À la place, elle dit: «Chéri, allez, souris!»

«Pourquoi? répond parfois Stan. Donne-moi une bonne raison de sourire, bordel.» Ou bien encore: «Chérie, allez, ferme-la!» en imitant son ton de voix léger et optimiste, ce qui est vache de sa part. Des fois, il a un côté vache quand il est en pétard, mais au fond il est gentil. La plupart des gens sont gentils au fond, s'ils ont la possibilité d'exprimer leur gentillesse: ça, Charmaine a bien l'intention de continuer à y croire. Une douche aide à faire ressortir la gentillesse d'une personne, parce que, comme disait mémé Win: «La propreté, c'est la voie vers la pureté de l'âme et la pureté de l'âme, c'est la gentillesse.»

C'était un des trucs qu'elle aimait répéter, comme: «Ta mère ne s'est pas suicidée, ce ne sont que des ragots. Quant à ton papa, il a fait de son mieux, mais il s'est coltiné un paquet de problèmes et, à la fin, il a craqué. Tu devrais vraiment essayer d'oublier tout ça, un homme qui a trop bu n'est pas responsable.» Puis elle ajoutait: «Viens, on va faire du pop-corn!»

Et elles faisaient du pop-corn, et mémé disait: «Ne regarde pas par la fenêtre, mon chou, tu ne veux pas voir ce qu'ils fabriquent là-bas dehors. C'est pas joli. Ils hurlent parce que ça leur fait plaisir. Ils laissent parler leur vraie nature. Assieds-toi à côté de moi. Tout s'est arrangé au mieux, regarde, tu es ici, on est heureuses et en sécurité à présent!»

Notez, ça n'a pas duré. Le bonheur. La sécurité. Le présent.

OÙ?

Stan se tortille sur le siège avant pour essayer d'être un peu plus à l'aise. Ça risque pas d'arriver, bordel. Que peut-il faire? Où se tourner? Il n'y a pas d'endroit sûr, pas de mode d'emploi. C'est comme si un vent mauvais et insouciant le faisait tourner en rond inlassablement, sans but. Sans issue.

Il se sent tellement seul et, parfois, la présence de Charmaine à ses côtés lui donne l'impression d'être encore plus seul. Il a trahi ses engagements envers elle.

D'accord, il a un frère, mais ce serait la solution de dernier recours. Conor et lui ont suivi des chemins différents, pour rester poli. Une bagarre d'ivrognes en pleine nuit avec libre échange de pauvre con, crétin et abruti serait une version moins polie, c'était d'ailleurs celle qu'avait choisie Conor lors de leur dernière rencontre. Par souci d'exactitude, ajoutons que ça avait également été celle de Stan, même s'il n'avait jamais été aussi ordurier que Conor.

De l'avis de Stan – à l'époque –, Conor était un quasi-voyou. Mais, de l'avis de Conor, Stan était dupe du système, un lèche-cul, un bouffon et un lâche. Une couille molle.

Où est-il aujourd'hui, cette anguille de Conor, que fabrique-t-il? Lui, au moins, il n'aura pas perdu son boulot dans la formidable débâcle financière et commerciale qui a transformé cette partie du pays en un vrai tas de ferraille: on ne peut pas perdre son boulot si on n'en a pas. Contrairement à Stan, il n'a pas été viré, chassé, condamné à une vie d'errances affolées, les yeux pleins de poussière et les dessous de bras puants. Depuis tout petit, Conor a toujours vécu de ce qu'il pouvait piquer et barboter. Stan n'a pas oublié le couteau suisse pour lequel il avait tellement économisé, ni son Transformer, ni son pistolet Nerf avec ses balles en mousse: tous ont disparu comme par magie, pendant que la tête du petit frère de Stan arrêtait pas de faire nan nan nan, mais nan voyons, qui, moi?

Stan se réveille dans la nuit et se croit un moment à la maison, au lit, ou du moins dans un lit quelque part. Il tend la main vers Charmaine, or elle n'est pas à côté de lui et il se retrouve enfermé dans la voiture qui pue, taraudé par l'envie de pisser mais effrayé à l'idée d'ouvrir la portière car des braillements se rapprochent, des pas écrasent les gravillons, martèlent l'asphalte. Qui sait si un poing ne va pas s'abattre sur le toit de la bagnole et une bobine souriante, balafrée et bien édentée apparaître derrière le carreau? Oh, regardez-moi ce qu'on a là! Oh, la chouquette! Allez, on se pète cette caisse! File-moi le pied-de-biche!

Puis le petit murmure terrifié de Charmaine: Stan! Stan! Il faut qu'on parte! Il faut qu'on parte tout de suite! Comme s'il n'était pas fichu de s'en rendre compte tout seul. Il ne retire jamais la clé de contact. Le moteur s'emballe, les pneus crissent, hurlent, huent, le cœur cogne à tout rompre et ensuite, quoi? Du pareil au même ailleurs, sur un autre parking ou une petite rue latérale. Ce serait bien s'il avait une mitraillette: avec n'importe quoi de moins grand, on serait loin du compte. Pour l'heure, sa seule arme, c'est la fuite.

Il a l'impression d'être poursuivi par la poisse, comme si la poisse était un chien errant à sa remorque, qui le suivait à la trace et l'attendait au tournant. Et l'observait du fond des fourrés pour lui régler son compte avec son œil jaune diabolique. Peut-être que ce qu'il lui faut, c'est une sorcière, un super bon vaudou. Plus deux cents dollars pour qu'ils puissent s'offrir une nuit dans un motel, avec Charmaine à côté de lui, pas inaccessible sur la banquette arrière. C'est le strict minimum: rêver de plus, ce serait pousser le bouchon un peu trop loin.

La commisération de Charmaine ne fait qu'aggraver les choses. Les efforts qu'elle déploie!

«Ce n'est pas parce qu'on a perdu la maison, qu'on dort dans la voiture et que tu as été ... (elle ne veut pas dire licencié) que tu es un nul. Au moins tu ne lâches pas prise, tu cherches un boulot. Ces trucs comme la maison et ... et ... c'est des trucs qui arrivent à des tas de gens. À la plupart des gens.»

Ce à quoi Stan répond toujours:

«Mais pas à tout le monde. Pas à tout le monde, bordel.»

Pas aux riches.

Ils avaient tellement bien démarré. À l'époque, ils avaient tous les deux un boulot. Charmaine s'occupait des événements pour la chaîne de maisons de retraite médicalisées Les Souliers Rouges – ses supérieurs estimaient qu'elle avait un vrai don avec les personnes âgées – et gravissait les échelons. Lui se débrouillait bien aussi: responsable contrôle qualité débutant chez Robotique Exquise, il testait le module Empathie des modèles automatisés évaluant la satisfaction de la clientèle. Les gens ne voulaient pas seulement faire des courses, expliquait-il à Charmaine: ils voulaient le grand jeu, ce qui incluait un sourire. Or sourire était difficile: ça pouvait se transformer en grimaces, en rictus lubriques ... Mais si tu affichais le sourire idoine, les clients te lâchaient un petit extra. Incroyable, en y repensant, comment on ne mégotait pas sur les extras en ce temps-là.

Ils avaient fait un petit mariage – rien que des amis, étant donné qu'il ne leur restait pas beaucoup de famille, leurs parents respectifs étant morts d'une manière ou d'une autre. Charmaine avait décrété que, de toute façon, elle n'aurait pas invité les siens, mais n'était pas davantage entrée dans les détails parce qu'elle n'aimait pas parler d'eux; en revanche, elle regrettait que mémé Win ne soit plus là. Quant à Conor, qui savait où il était? Stan ne l'avait pas cherché, car s'il s'était pointé il aurait probablement essayé de peloter Charmaine ou concocté autre chose pour se rendre intéressant.

Après, ils avaient passé leur lune de miel en Géorgie au bord de la mer. Ça avait été un moment fort. Sur les photos, ils sont tous les deux bronzés et souriants, enveloppés de soleil comme d'une brume, ils lèvent leur verre de – de quoi? Sans doute un cocktail tropical chargé en sirop de citron vert –, ils lèvent leur verre à leur vie nouvelle. Charmaine porte un haut bain de soleil rétro à fleurs, une jupe paréo, elle a une corolle d'hibiscus coincée derrière l'oreille et ses cheveux blonds, ébouriffés par la brise, brillent; lui a une chemise verte ornée de pingouins, que Charmaine lui a choisie, et un panama; enfin, pas un vrai, mais un truc dans cet esprit. Ils ont l'air tellement jeunes, tellement innocents. Tellement impatients de vivre leur avenir.

Stan a envoyé une de ces photos à Conor pour lui montrer qu'il y avait enfin une femme qu'il ne pourrait pas lui piquer; et aussi pour qu'il voie la réussite qu'il serait en droit d'espérer s'il se rangeait, s'il revenait vers le droit chemin, s'il arrêtait de se taper ses petites peines de prison, de jouer les marginaux. Non que Conor ne soit pas malin: il l'est trop. Toujours à essayer de jouer au plus fin.

Conor a envoyé un message en retour: «Joli cul, jolies loches, cher grand frère. Elle cuisine? Par contre, les pingouins ont l'air con.» Classique: il fallait toujours que Conor ricane, qu'il te dénigre. C'était avant qu'il coupe les ponts, qu'il flanque les mails de Stan à la corbeille, qu'il refuse de donner son adresse.

De retour dans le Nord, ils ont fait un premier versement sur une maison, un logement de deux chambres à coucher qui avait besoin d'un peu d'amour, mais qui était bien pour un début et suffisamment grand pour une famille désireuse de s'agrandir, comme l'avait affirmé l'agent immobilier avec un clin d'œil. Son prix paraissait abordable, pourtant, avec le recul, c'était une erreur – il y avait les rénovations et les réparations, soit des frais supplémentaires venant s'ajouter au remboursement de leur emprunt. Ils se sont dit qu'ils pourraient y arriver: ils n'étaient pas très dépensiers, ils se démenaient au boulot. C'est se démener au boulot qui te fiche en l'air. Stan s'était tué à la tâche. Il aurait mieux fait de pas s'embêter, vu qu'il se retrouve avec que dalle. Quand il repense au travail abattu, il est sur le cul.

Puis tout est parti en eau de boudin. Du jour au lendemain, ou presque. Et pas seulement dans sa vie à lui: tout le château de cartes, tout le système a volé en éclats, des billions de dollars se sont évaporés, comme du brouillard derrière une fenêtre. Des hordes d'experts à deux balles ont défilé à la télé en faisant semblant d'expliquer pourquoi c'était arrivé – démographie, perte de confiance, gigantesques pyramides de Ponzi –, mais ce n'était que des hypothèses à la noix. Quelqu'un avait menti, quelqu'un avait triché, quelqu'un avait vendu à terme, quelqu'un avait provoqué une inflation monétaire. Pas assez d'emplois, trop de maind'œuvre. Ou bien pas assez d'emplois pour les gens du peuple comme Stan et Charmaine. Le Nord-Est, où ils habitaient, était la région la plus durement touchée.

La branche des Souliers Rouges où Charmaine travaillait a rencontré des difficultés: du fait que c'était un établissement haut de gamme, nombre de familles n'ont plus pu y larguer leurs vieux parents. Les chambres se sont vidées, il a fallu rogner sur les dépenses. Charmaine a demandé un transfert – la chaîne se portait toujours bien sur la côte Ouest –, mais elle n'a pas obtenu satisfaction et a été licenciée. Puis Robotique Exquise a plié bagage pour s'installer sur la côte Ouest et Stan s'est retrouvé largué sans filet.

Assis dans leur nouvelle maison, sur leur nouveau canapé où trônaient les coussins fleuris que Charmaine avait assortis avec tant de soin, ils se sont enlacés, se disant qu'ils s'aimaient, Charmaine a pleuré et Stan l'a réconfortée, convaincu d'être un nul.

Charmaine a trouvé un emploi temporaire de serveuse; quand l'endroit a bu le bouillon, elle en a déniché un autre. Puis encore un autre, dans un bar. Ce n'étaient pas des endroits luxueux; ceux-là avaient tendance à se faire rares, parce que les gens qui pouvaient se permettre des repas raffinés allaient se les tortorer plus loin à l'ouest, voire dans des pays exotiques où le concept de salaire minimum n'avait jamais existé.

Stan n'a pas eu la même chance avec les petits boulots; il était surqualifié, comme on le lui a expliqué au bureau de recrutement. Quand il a protesté qu'il n'était pas difficile – il était prêt à nettoyer les sols, à tondre les pelouses –, ils lui ont opposé un sourire suffisant (quels sols? quelles pelouses?) et lui ont dit qu'ils conserveraient son dossier. Puis le bureau de recrutement a fermé à son tour, pourquoi l'avait-on gardé ouvert s'il n'y avait pas d'emplois?

Ils se sont cramponnés à leur petite maison en vivant de fast-food, de la vente de leur mobilier, en économisant l'énergie, assis dans le noir dans l'attente d'une reprise. Quand ils ont fini par la mettre en vente, il n'y avait plus d'acheteurs; les maisons voisines étaient déjà vides et les pilleurs étaient passés, arrachant tout ce qui pouvait se monnayer. Un beau jour, ils n'ont plus eu un sou pour honorer leurs remboursements et la banque a bloqué leurs cartes de crédit. Ils ont pris la tangente avant qu'on ne les jette à la rue et ont filé pour éviter que leurs créanciers ne saisissent leur voiture.

Par chance, Charmaine avait un petit pécule de côté. Ça, plus son maigre salaire au bar et les pourboires, voilà ce qui leur permet de payer leur essence, une boîte postale pour avoir une adresse si quelque chose se présente pour Stan et le trajet jusqu'à la laverie quand ils ne peuvent plus supporter la crasse de leurs vêtements.

À deux reprises, Stan a vendu son sang, bien que ça ne lui ait pas rapporté grand-chose.

«Vous ne me croirez pas, lui a dit la femme la deuxième fois, en lui remettant un gobelet en carton rempli d'un succédané de jus de fruit, mais il y a des gens qui nous ont demandé si on ne voulait pas acheter le sang de leur bébé, vous imaginez un peu?

— Sans blague? s'est écrié Stan. Pourquoi? Les bébés n'ont pas tant de sang que ça.»

Ça a plus de valeur, lui a-t-elle expliqué. D'après une info qui tournait, un complet renouvellement du sang, du frais pour du vieux, t'évitait la démence et ramenait ton horloge biologique vingt à trente ans en arrière.

«Jusqu'à présent, les essais n'ont porté que sur des souris, lui a-t-elle confié. Les souris, ce n'est pas des humains! Mais il y a des gens qui se raccrochent à n'importe quoi. Nous, on a refusé une bonne douzaine de propositions de sang de bébé. On répond qu'on ne peut pas accepter.»

Tu peux être sûr qu'il y en a qui acceptent, s'était dit Stan. Du moment qu'il y a du fric à se faire.

(Continues…)



Excerpted from "C'est Le C?ur Qui Lâche En Dernier"
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